Les masques de NUO

Masques de Nuo : une culture à découvrir

C’est un évènement rare qu’un tel rassemblement sur le marché, de ces masques anciens du culte chinois de Nuo. Il s’agit d’un très vieux culte d’exorcisme dont les traces connues remontent à huit mille ans.

A l’époque des premiers villages d’agriculteurs, il importait, pour éloigner les épidémies et les accidents climatiques, d’amadouer les démons, et de s’approprier leur pouvoir. Nuo signifie «Chasser les démons de la maison». Pratiqué dans toutes les provinces chinoises, sous la conduite d’un chaman, le «Fangxian», puis d’un prêtre taoïste, le culte masqué a été éradiqué presque partout par le maoïsme et surtout la Révolution Culturelle, sauf dans les régions reculées des montagnes du Sud de la Chine. Au départ purement rural, il est devenu cérémonie grandiose à la cour des grandes dynasties, et s’est transformé, avec l’urbanisation du Moyen Age, en théâtre masqué.

Autrefois consacrés aux démons et aux forces de la nature comme Kaishan, celui qui « ouvre la montagne », ou Erlang, tueur de l’hydre qui provoquait les crues du Fleuve Jaune, et aux dieux lares protecteurs comme Tudi Gong, dieu débonnaire du Sol et des Céréales, les masques se sont humanisés avec l’assimilation du bouddhisme, et leur participation aux pièces du théâtre de rue (Heshan le moine, Qin Tong, sorte de Sganarelle, valet facétieux de l’étudiant Gansheng…). Tous ces masques forment le cortège des dieux, sous la conduite de «Mademoiselle avant-gard», une héroïne de légende, et à travers tout le village, se lancent à la chasse au «Petit Démon». Il incarne les forces dangereuses, sera attrappé et mis en procès par le sévère Juge Bao, dieu des enfers.

Aujourd’hui, le pouvoir chinois a pris conscience de la richesse de ce patrimoine immatériel, et encourage sa renaissance, en particulier pour les besoins du développement touristique. Mais les masques n’ont plus aujourd’hui la qualité sculpturale des vieux masques (l’art s’est perdu), sans parler de leur extraordinaire patine. Ceux qu’une personnalité éprise de la culture chinoise a réunis ici, comme ceux que j’ai eu le plaisir de montrer lors de l’exposition «Masques de Chine» (Musée Jacquemart André, Mars-Septembre 2007), représentent bien l’art, étrangement classique pour un art primitif, des anciens sculpteurs des XIXème, XVIIIème siècles, et parfois plus anciens encore.

On ne pouvait pas ignorer plus longtemps une culture qui est à la source, dès le IVème siècle avant J-C, avec l’introduction des cultes chinois du riz au Japon, du «Tsuina» et ensuite du théâtre de Nô.
Pour en savoir davantage, se reporter à mon livre «Le Masque de la Chine» (éd. Actes Sud)

Yves Créhalet

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