Orfèvrerie précolombienne

L'orfèvrerie de l'Amérique précolombienne

A l’abord de ce large thème qu’est l’utilisation du métal dans la culture précolombienne, il est important de noter que les métaux précieux n’ont jamais eu pour ces cultures vocation d’échange.

Pour monnaie, ils utilisaient essentiellement de draperies d’alpaca, lama ou vigogne, de plumes de quetzal ou de colibri, ou encore des graines de cacao, etc. Les couleurs or et argent étant très prisées des cultures précolombiennes, l’objectif était de créer des alliages permettant un traitement ultérieur qui leur donnerait un aspect doré ou argenté. Ces métaux que les peuples considèrent d’origine divine sont aussi bien utilisé pour la conception d’objets usuels (tels que les hameçons), que pour la réalisation d’objets cultuels (coupes cérémonielles, masques) ou encore, pour l’or notamment, dans toute leur force pour constituer de superbes parures d’apparat.

HISTORIQUE

Premières apparitions de la métallurgie
La métallurgie fut le point de départ d’une véritable révolution culturelle dans le Nouveau Monde. Si le cuivre apparaît au 4e siècle, l’or était déjà connu des Péruviens de la période Chavin (800-500 av. JC.).
L’origine du travail des métaux reste incertaine. Dans son article intitulé « L’empire des fils du soleil » (dans « L’or du Pérou », Editions de la fondation de l’Hermitage, 1988), Raul Porras Barrencha nous donne la version de Paul Rivet, selon laquelle on peut supposer une provenance caribéenne. A. Emmerich nous ouvre une autre porte, abordant l’éventualité d’une influence des marins asiatiques qui voguaient sur le pacifique.
Les cultures andines ont rivalisé d’ingéniosité sur le plan technique et artistique, ce qui les amènera à la réalisation d’objets prodigieux.
Les péruviens de la période Chavin, 800-500 av. JC., furent les premiers à s’aventurer dans l’art de l’orfèvrerie. Ils commencèrent par produire des objets martelés à la feuille d’or, de très belle facture en dépit d’une technologie limitée. Autre culture pionnière en ce domaine, la culture Tumaco-La Tolia (700/600 av. JC.-300/400 après J.-C., littoral Pacifique nord équatorial). Structurée par un système hiérarchique complexe, cette culture a beaucoup développé son orfèvrerie qui fut diffusée tout le long du littoral Pacifique.
Beaucoup d’objets en métaux précieux que l’on connaît aujourd’hui sont issus du Pérou. Les Mochicas (côte Nord désertique du Pérou, 100 av. JC. – 800 de notre ère) puis la culture Sican (région de Batan Grande, Nord du Pérou, VIIIe-XVe siècle, en particulier de l’époque Sican moyenne, X-XIIe siècle), ont largement contribué au développement des techniques de la métallurgie.
La majorité des objets qui ont été conservés sont ceux qui furent cachés, ou enterrés dans les tombes de leurs propriétaires. Ces objets enfouis ont éveillé un certain intérêt au 20e siècle, si bien que des pilleurs visitèrent ces lieux dans les années 1930 à 1950. Citons l’exemple des tombes de la réserve de Poma, Batan Grande, pour lesquelles I. Shimada dénombra via photographies aériennes plus de 100 000 trous creusés. Ces pratiques perturbèrent la connaissance que l’on pouvait avoir de ces œuvres pendant de longues années, toute étude scientifique de l’histoire de ces régions étant impossible.


Confection et usages
Selon « L’histoire générale des choses de la nouvelles Espagne » (1558-1569, Fray Bernardino de Sahagun, livre conservé à la bibliothèque des Médicis à Florence), ceux à qui incombait la tâche de travailler le métal étaient des maîtres artisans. Ils étaient divisés et classés différemment selon les tâches qu’ils avaient à effectuer dans la chaîne de fabrication de l’objet. Le fondeur était chargé d’une tâche unique : celle de battre l’or, et de le marteler à l’aide d’une pierre. Sur demande, l’or pouvait être poli et aminci, et il passait alors entre les mains des orfèvres. Le Dieu vénéré par les orfèvres était le Dieu Xipe Totec. Il était célébré chaque année durant le mois de Tlacaxipeualiztli (« écorchage des hommes ») et son nom signifie « notre Seigneur l’écorché ». Il est aussi le Dieu de la Pluie et des plantations, et est représenté revêtu d’une peau humaine issue des sacrifices. On parle de « Seigneur écorché » car il se défait de sa peau pour que le printemps renaisse. Il est donc le symbole de la « nouvelle peau » recouvrant la terre au printemps. Le culte comprenait des sacrifices humains. On arrachait le cœur du sacrifié, pour ensuite lui ôter la peau. Les prêtres la revêtaient ensuite et, jaunissant au fil des jours, elle prenait l’aspect de l’or (les prêtres la portaient pendant plusieurs mois).
Jusqu’à l’arrivée des espagnols au 16e siècle, les cultures précolombiennes vivaient dans des villages organisés en chefferies. La terre, la richesse et le pouvoir étaient les seuls enjeux de l’affrontement entre les chefs. Les œuvres d’art en matières précieuses telles que le jade ou l’or étaient pour eux un moyen d’affirmer leur pouvoir au travers de leur savoir-faire. Les parures en or étaient portées par les catégories sociales élevées. Dans les cultures panaméennes par exemple, elles étaient un symbole de richesse et d’autorité. De même, en Colombie, les classes supérieures portaient ces ornements de leur vivant. Les chefs étaient « couverts d’or », selon les dires des espagnols, et ces parures les accompagnaient dans l’au-delà (les momies étaient souvent recouvertes d’or, et les orfèvres colombiens leurs confectionnaient des masques).


Premiers contacts avec les espagnols

Les premières expéditions furent menées neuf ans après que Christophe Colomb ait mené sa traversée vers « les Indes » et découvert le Nouveau Monde. Les expéditions de 1501-1502 comptaient parmi leurs effectifs Juan de la Cosa, un ancien pilote de Christophe Colomb, et Rodrigo de Bastidas, un marchand venu de Séville. Leur itinéraire reliait le Guajira à l’isthme du Panama. Ils y découvrirent le port de Carthagène auquel ils donnèrent son nom, et commercèrent avec les chefs Sinu, ce qui leur permit de revenir du golfe d’Uruba avec une grande quantité d’or. D’autres expéditions ramenèrent ces trésors du Nouveau Monde sur le continent européen. Ainsi, dans les années 1510 (date à laquelle fut fondée la première ville espagnole, Santa Maria la Antigua de Darien, sur la côte ouest du golfe d’Uraba), Séville, Valladollid, et la cour de Charles V à Bruxelles s’inclinent devant tant de technique. Albert Dürer parlera de « soleils d’or, faits de la même matière que les miracles », soleils qui ont ému Gonzalo Fernandez de Oviedo, Bartholomé de las Casas, et bien d’autres. La ville portuaire de Santa Marta (établie en 1526 par Bastidas), Santa Maria la Antigua de Darien et Carthagène (fondée par Heredia en 1533), furent les trois villes d’où partirent les premières explorations menées en Colombie.

PART 2 : TECHNIQUES

Moulage et fonte à la cire perdue
C’est la culture Quimbaya (0-1600 de notre ère), présente en Colombie Centrale, qui développa la technique de fonte à la cire perdue dans l’Amérique précolombienne. Le moulage à la cire perdue est possible pour de petits objets minces. La toute première étape de création est le modèle. Pour le constituer, les Précolombiens utilisaient de la cire d’abeille. Ils l’encastraient dans un moule en argile dans lequel ils prenaient soin de creuser un canal vers l’extérieur. Chauffée, la cire s’écoulait par le canal, le métal en fusion venait remplacer la cire, et prenait de fait l’empreinte du moule. Des moules en provenance de Calima et de Quimbaya on été retrouvés, témoignant de l’avancée techniques dont ces cultures faisaient preuve. Les pièces plus volumineuses nécessitaient la présence d’un noyau que l’orfèvre fabriquait à base d’un mélange de glaise et de charbon, sculptés de la forme de l’œuvre finale. Séché au soleil, l’orfèvre prenait ensuite de la cire d’abeille qu’il rendait en feuille mince et qu’il pressait ensuite sur le noyau de manière à ce que cette dernière prenne la forme exacte de l’objet désiré. Incisions ou reliefs étaient réalisés à ce stade, en sculptant la cire directement. Ils y ajoutaient des cônes (évents) et des tiges (filaments) eux aussi en cire. La cire était ensuite brossée avec de la poudre de charbon mélangée à de l’eau ou à de l’argile liquide. L’ensemble était ensuite enveloppé d’un épais revêtement d’argile et de charbon grossièrement morcelé, assez poreux pour laisser s’échapper gaz et air pendant la fonte. Le noyau était maintenu à l’aide d’une tige de bois vert, qui passait à travers la cire et laissait donc un trou sur l’exemplaire final (qui était ensuite obstrué via l’inclusion de métal). Comme nous l’avons vu précédemment, le tout était ensuite chauffé. La cire s’écoulait pour laisser dans le moule la forme et l’épaisseur de l’objet voulues. L’or en fusion était ensuite versé dans le moule encore chaud pour y prendre la place de la cire. Une fois refroidit, le moule extérieur était cassé, le noyau retiré, et nous étions alors en présence d’une pièce fine et creuse.


Le martelage

Les Mochicas, et plus généralement les artisans andins, travaillaient le métal par martelage. Cette technique consiste à frapper le métal de manière répétée avec un outil plat (généralement un marteau en pierre), de manière à obtenir une forme simple et affinée. Travaillées séparément, les plaques de cuivre étaient ensuite assemblées pour constituer l’objet voulu.


Les revêtements par échange électrochimique

Dans son article publié en Août 1984 (« Les techniques des orfèvres précolombiens » in « Pour la science »), Heather Lechtman détaille plusieurs techniques pratiquées par les orfèvres de l’époque, notamment celle du revêtement par électrochimie.
Déjà pratiquée par les Romains pour recouvrir le fer de cuivre, cette technique servait au 9e siècle à préparer le fer pour la dorure et les héraldistes européens du 18e siècle l’utilisaient pour revêtir leurs blasons d’or, ces derniers étant principalement constitués de fer et d’acier. Il s’agit d’une technique de mise en couleur grâce à une réaction d’échange électrochimique. En d’autres termes, l’or est dissout dans une solution aqueuse contenant des sulfates d’aluminium et de potassium, du chlorure de sodium et du nitrate de potassium. Une fois chauffé, cinq jours suffisent à dissoudre l’or. Pour obtenir ce bain, les orfèvres précolombiens utilisaient les minéraux corrosifs provenant du désert de la côte péruvienne. De manière à pérenniser l’adhérence de l’or au cuivre, ce dernier était préalablement chauffé à une température comprise entre 650 et 800 degrés, et plongé ensuite dans la solution aqueuse contenant l’or dissout. Cette technique était si fine et si homogène qu’elle se rapproche visuellement des caractéristiques du placage par électrolyse moderne.


Dorure et argenture par déplétion

Comme nous l’avons vu précédemment, les cultures précolombiennes savaient confectionner des alliages pluri-métalliques. De ces alliances est certainement née la technique de la dorure ou argenture par déplétion. En effet, ces alliages nécessitent une refonte. Sans cette étape, le martelage seul les rend cassants et très durs, les métaux précieux étant présents en proportion différente. Une fois recuit, l’alliage se recristallise et redevient, de fait, malléable. Prenons l’exemple de l’alliage cuivre argent, à savoir celui qui semble être le plus ancien découvert par les andins. L’alliage est donc recuit, puis séché. Au contact de l’air, le cuivre s’oxyde. Plus rapide que celle de l’argent, l’oxydation du cuivre forme un dépôt qui sera ensuite décapé. Ce processus plusieurs fois répété engendre l’obtention d’un métal à forte teneur en argent, le cuivre ayant été évacué au fur et à mesure via le décapage. Si beaucoup d’objets sont antérieurs à la période Mochica, notons que ces derniers affinèrent cette technique pour atteindre un niveau quasi parfait.


Le Tumbaga

Apparue dans la région centrale des Andes, le Tumbaga (nom originaire des caraïbes) est un alliage de cuivre et d’or, pouvant aussi contenir de l’argent en raison des mélanges pluriels courants dans ces cultures. L’or et le cuivre se mélangent aisément lorsque fondus ensemble, et le restent après solidification. De même que par la technique de l’argenture par déplétion, le cuivre oxydé sera poli et nous serons alors en présence d’objets dorés, ayant un rendu massif. La couleur dépendra du pourcentage de chaque métal précieux présent. Dans le cas de l’or et du cuivre, la couleur variera du rouge au jaune (selon la concentration en or), en passant par le rosé. Lorsque de l’argent est présent, l’alliage variera du blanc-argenté au jaune pâle. S’il désirait obtenir une surface dorée, l’orfèvre devait supprimer l’argent de la surface. On présume que les Mochica utilisaient des pâtes corrosives à base de minéraux. Cette technique sera reprise par les Chimus. Ils en firent usage jusqu’en 1446, année durant laquelle les Incas conquirent leur royaume. Si au Mexique, et plus généralement en Amérique Centrale, le Tumbaga servait à la fonte d’objets en trois dimensions, les habitants des Andes Centrales l’utilisaient pour produire des feuilles de métal dorées.


La soudure

Les pièces comportant plusieurs éléments étaient assemblées de différentes manières. Ces dernières pouvaient être soudés à l’aide d’un chalumeau, punaisés ou agrafés, ou encore lacés à l’aide de fines bandes de métal. Les deux éléments pouvaient aussi être joints en faisant se chevaucher les deux extrémités, qui étaient ensuite pliées et martelées. Parfois, les fines feuilles de papier dorées ou argentées pouvaient aussi être appliquées sur des objets non-métalliques, comme le bois par exemple.


La granulation

Cette méthode est utilisée lorsque la pièce est petite et/ou qu’elle nécessite la pose de plusieurs jointures, et que la soudure ne peut être envisagée.
Dès lors que l’on en réfère à un travail minutieux sur des pièces de petite taille, la soudure devient difficile et les précolombiens de l’Equateur et de Colombie utilisaient alors la méthode dite de « la granulation ». Un composant cuivrique (acétate ou hydroxyde) est mélangé à une colle végétale, ce qui sert à coller l’élément en métal à la place souhaitée. L’objet est ensuite chauffé jusqu’à l’évaporation des éléments organiques de la colle, laissant seul l’élément cuivrique liant les deux points de contacts. Cette méthode est si discrète qu’il est souvent difficile de la discerner d’une forme fondue à la cire perdue.


Le métal repoussé

Travaillé sur l’envers, l’orfèvre repousse le métal avec des outils de bois dur ou de métal pour obtenir en relief un décor plus ou moins prononcé. Dans cette technique, le métal est déformé sans qu’aucune matière ne soit enlevée.


Le filigrane

Dans cette méthode, un fil (torsadé ou non) est positionné en relief sur la pièce d’orfèvrerie, ou utilisé seul pour la fabrication d’un motif ajouré. Il peut soit être apposé par soudure, soit faire partie intégrante de la pièce lors d’une fonte à la cire perdue, ce dernier étant inclus dans le moule et se fondant naturellement au métal en fusion lorsque ce dernier est versé (on parle alors ici de « faux filigrane »).


L’incrustation de pierres dures ou de matières animales

Ce procédé décoratif consiste à rehausser les pièces d’orfèvrerie sur le principe de la marqueterie à l’aide de pierres dures diverses, ou de matières animales endémiques à la région où la pièce est conçue (coquillage, os, etc).

REPRESENTATIONS

Chez les précolombiens, l’or était considéré comme produit directement par le soleil. Pour ces cultures, ce métal recèle des principes actifs masculins, et sa valeur ne vient que du travail dont il était l’objet. On comprend donc l’importance du rôle des orfèvres : brut, l’or ne vaut rien.

On distingue généralement trois régions principales : le Pérou, le royaume qui s’étend des vallées de la Colombie à l’est au lac Maracaibo au Venezuela, et qui à l’ouest traverse le Panama et le Costa Rica, et enfin la région de Mexico pendant l’époque postclassique, marquant la fin de la période précolombienne.

Au Pérou, on note de splendides plaques d’or et ornements qui constituent la majorité de l’œuvre métallurgique péruvienne, bien que les orfèvres aient grandement fait évoluer leurs techniques au fil des âges. Christophe Colomb dira avoir été marqué par ces ornements lorsqu’il vit les « Indiens » pour la première fois. Les œuvres principales datent de la période Chavin. Les orfèvres péruviens semblaient avoir pour objectif l’expansion de l’or, ce qui expliquerait les murs et portails de leurs palais qu’ils gainaient entièrement d’or. Ils produisirent aussi nombre de vêtements cérémoniels pour étonner le conquistador espagnol. Pedro Pizzaro (1571) parlera de « tissus faits de délicates feuilles d’or ». En parallèle, ils s’intéressaient aux effets théâtraux, ce qui engendra dans certaines périodes une facture malavisée, ainsi que la production d’objets de moindre qualité, malgré qu’ils soient de taille plus importante. Les ornements d’orfèvrerie étaient des éléments d’organisation sociale et avaient aussi une fonction religieuse. Lorsqu’ils portaient les ornements confectionnés dans ces deux métaux, les membres de la culture étaient reliés à la force vitale et au pouvoir régénérateur de la nature. Le jaguar, le plus grand prédateur d’Amérique, est extrêmement présent dans leurs représentations, tout comme les profils d’oiseaux stylisés, les grenouilles, les serpents et les animaux marins. L’homme crabe, pouvant disparaître à l’intérieur de la terre, est souvent symbolisé. Notons qu’ils utilisaient aussi des représentations figuratives.

Les régions du Panama, de la Colombie et du Costa Rica ont vu se développer beaucoup de cultures différentes, chacune possédant ses propres formes stylistiques. Malgré cela, elles sont considérées comme un même centre de production en raison de leurs iconographies très proches. Etres humains, chauve-souris, oiseaux, alligators, grenouilles, jaguars et créatures surnaturelles (combinant humain et animaux) sont très représentés. Souvent utilisés comme ornement ou bijoux, les pièces d’orfèvrerie sont majoritairement moulées. C’est pourquoi les objets produits tendent vers de petites sculptures. Dans les cultures panaméennes, on trouve les lézards et les félins en général, en plus des représentations déjà citées. On rencontre aussi beaucoup d’éléments serpentiformes. Le serpent symbolise la force vitale. Animal à sang froid, il est le lien entre le monde d’en bas (terrestre ou aquatique) et le monde des humains. Il se régénère lorsqu’il mue et ne semble donc pas être victime du temps. Présent en double, il en réfère à l’inséparabilité des deux éléments mâle et femelle. Les représentations alliant musiciens et serpents sont courantes. Selon E. Maurer et M. Hennen, « dans les cérémonies mésoaméricaines, celui qui savait manipuler les serpents (souvent dangereux dans la région) recevait des pouvoirs temporels et spirituels ». Ici aussi, on confère au jaguar des pouvoirs prodigieux. De même, les oiseaux sont considérés comme possédant des vertus surnaturelles, l’homme-oiseau représentant le vol du chamane dans d’autres mondes. La grenouille est associée à la protection des vivants. Représentée au repos, elle révèle la croyance selon laquelle elle s’asseyait sur les tombes pour empêcher la mort de se relever. Les êtres bicéphales ne sont pas rares, représentant la double nature de chaque individu : animal et humain, clair et obscur. Le singe incarne l’esprit guerrier. Il est souvent représenté tenant sa queue au dessus de sa tête, dans une forme d’arc-de-cercle. Les iguanes jouaient un rôle important dans le monde des guerriers. Leur chair était considérée comme fortifiante et, par prolongement, transmettait ses vertus à qui la consommait. Les représentations anthropozoomorphes font souvent référence à la transformation chamanique, suggérée à l’aide de pendeloques plates qui agrémentent l’ornement.

La région de Mexico voit naître les orfèvres Mixtèques. Ils étaient extrêmement talentueux et ont produit des ornements en or d’une finesse rarement égalée. Leurs bijoux étaient faits ou décorés de formes dérivées de pictogrammes issus des Codex officiels, ce qui leur confère une qualité linéaire, pareille à un dessin traduit en or. Certaines constructions étaient très complexes, allant jusqu’à la dentelle d’or. Si les péruviens appréciaient beaucoup la beauté pure de larges surfaces de métal précieux, les Mixtèques ont développé un style précieux et délicat.



Conclusion

Considérées comme « les idoles du mal » pendant toute la période coloniale (1550-1821), les pièces d’orfèvrerie précolombienne ont aujourd’hui regagné de leur superbe.
Ces objets, dont Bartholomé de Las Casas disait qu’ils « sont faits d’une telle facture qu’ils ressemblent à un rêve, et non à des objets faits par la main de l’homme », continuent de nous émouvoir. Les techniques mises au point pas les orfèvres précolombiens montrent leur avance en ce domaine.
Juan de Castellanos disait en 1589 à propos des mineurs de Buritica :
« L’or est ce qui les fait respirer,
Pour l’or ils vécurent, et pour l’or ils périrent ».
Ils mirent dans cet art tout leur savoir-faire, ce qui nous permet, encore aujourd’hui, d’admirer la fine ciselure de ce que les précolombiens considéraient comme la sueur de Dieu et des larmes de la Lune.

Recherche et synthèse effectuée par

Maxime Gianton.

Bibliographie :
- Catalogue d’exposition : « L’or du Pérou », Collectif, Ed. de la Fondation de l’Hermitage, Lausanne, 17 juin – 14 septembre 1988.
- « Sweat of the sun and tears of the moon, Gold and Silver in Pre-Columbian Art », Ed. Hacker Art Books, A. Emmerich, 1977.
- Catalogue d’exposition: “The gold of El Dorado”, Warwick Bray, Ed. de The Royal Academy Piccadilli London, 21 novembre 1978 – 18 mars 1979.
- Catalogue d’exposition : “Symboles sacrés, quatre mille ans d’art des Amériques”, Ed. de la Réunion des Musées Nationaux, Evan Maurer et Molly Hennen, Montpellier, Rouen, Lyon, Rennes, 17 juillet 2002 – 18 août 2003.
- Catalogue de l’exposition : « Les Esprits, l’Or, et le Chamane – Musée de l’Or de Colombie », Collectif, Ed. de la Réunion des Musées Nationaux, Galeries nationales du Grand Palais, 4 avril – 10 juillet 2010.
- Heather Lechtman, « Les techniques des orfèvres précolombiens », Pour la science, Août 1984, p. 88 à 98.
- Izumi Shimada & Jo Ann Griffin, « Un trésor du Pérou précolombien », Pour la science, N°200, Juin 1994, p. 60 à 68.
- « L’art précolombien », José Alcina, Ed. Mazenot, Collection l’Art et les grandes civilisations, 1978.
- Encyclopédie Universalis, www.universalis.fr
- Encyclopédie Larousse, www.larousse.fr
- Persée, revue scientifique, www.persee.fr

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